Un moment avec le champion français du CSO: Thierry Rozier nous fait part de sa vie en confinement à travers le fil téléphonique.

26 mars 2020

Cette semaine de confinement, l’équipe Prokoni avait eu l’opportunité de tenir un entretien téléphonique avec le champion français issu d’une famille olympique: Thierry Rozier.

En ce moment le cavalier du CSO défendant le drapeau de la France au plus haut niveau international, se trouve également en quarantaine dans le domaine familial, Haras Rozier, se situant à Bois-le-Roi, en Seine-et-Marne, ou se logent les écuries.

Thierry Rozier avait accordé un petit moment à nos reporters et avait répondu à toutes nos questions:

/photographe: @kzk_dmitry_photography

- Qu’est-ce que vous vouliez faire avant le confinement, mais vous n’aviez pas le temps ?

- C’était tout mon programme de concours, que j’avais établi déjà depuis la fin de l’année dernière. Tout était planifié pour arriver à l’échéance qui me tenait à coeur: Tokyo. J’avais donc fait tout un programme qui allait en progression pour ma jument. C’est-à-dire qu’on commençait avec le tournoi en Espagne, que j’ai heureusement pu faire comme tous les ans: le Concours d’Oliva. C’est un CSI3*, j’y vais toujours pour mettre mes chevaux en condition physique. Ce n’est pas un endroit ou je demande des résultats absolument à mes chevaux, parce que on se remet dans ce début d’année. C’était la première compétition que je devais faire avec ma jument, et ça s’est bien passé je suis content. Ensuite, je devais faire 15 jours de repos et repartir pour un concours en Italie le CSI3* à Arrezo, qui commençait déjà à être plus sérieux au niveau des hauteurs. En plus, il était sur l’herbe, ça aurait été un superbe entraînement car la première échéance que j’avais prévue, la plus difficile en début d’année c’était le CSIO5*de la Baulequi est sur l’herbe. Puis, suite à encore 15 jours de repos, j’aurais dû partir en Italie Gorla-Minore qui est un concours CSI3* et CSI4*. J’augmentais donc la difficulté, hauteurs et technique. C’est à la Baule et là et que j’allais demander à ma jument des résultats, pour justifier nos sélections en équipe de France. Puis, suite à encore deux weekends de repos je voulais faire le CSI5* de St.Tropez. Après, dans mes objectifs j’aurais aimé aller sur Aachen, pour vraiment me confronter aux meilleurs couples de la planète et voir si mon niveau me permettrait de suivre mon objectif de Tokyo.

/photographe: @kzk_dmitry_photography

- Pourrez-vous décrire l’atmosphère dans vos écuries pendant la période de confinement ?

- Oui, c’est très spécial parce qu’on essaie de suivre notre quotidien. C’est-à-dire, on travaille avec un objectif d’aller en compétitions, mais le point d’interrogation c’est Quand? Où? On voit tous les jours les concours qui s’annulent, donc ça va être compliqué. J’essaie d’être proche des organisateurs. Je sais à travers mon propre expérience, comment il est difficile d’organiser un concours pour pouvoir satisfaire les cavaliers, les propriétaires, le confort et la sécurité de chevaux. Jusqu’à maintenant, pour nous la préparation aux JO c’était presque demain, car il faillait toujours être prêts pour les concours où on pouvait nous envoyer, que ce soit Aachen, la Baule ou d’autres. Mais depuis que les Jeux sont décalés, j’ai freiné les entraînements intensifs, car on sait pas où on va aller. J’ai repris l’entraînement normal, c’est-à-dire, du travail sur le plat, énormément de l’entretien physique et la gymnastique, mais le travail intense a été réduit complètement car je n’y vois pas l’intérêt.

-Vous serez donc plus en mode repos…

-Du repos on en a fait cet hiver, on est cavaliers de concours on est hyper motivés par la compétition, nos chevaux sont des chevaux de compétition donc ils ont aussi hâte d’y aller. L’entraînement est bien, le repos est bien mais on est quand même accro à la compétition, donc on a envie d’y être. Moi, j’essaie d’être en contact avec des copains cavaliers, qui comme moi ont hâte de savoir quand est-ce que l’on ira en compétition. Après, c’est ce que je dis à beaucoup de gens je suis chanceux parce que j’ai un endroit très agréable pour pouvoir travailler tous les jours, sans m’ennuyer, j’ai une région superbe en Fontainebleau j’ai une forêt. Je suis entouré de beaucoup de choses pour que ma tête reste positive. Malheureusement, ce contexte est épouvantable, j’ai quand même un peu de chance.

/photographe @sofya_k._photography

- Il se peut que vers la fin de l’été, les concours reprennent sans publique ou avec un nombre de visiteurs restreint, qu’en pensez-vous, de cela ?

- Ca va être compliqué d’organiser les concours internationaux. Moi je me mets à la place des organisateurs: ils dépendent des sponsors, les sponsors, ils veulent des retombées. Si vous regardez les compétitions à huis clos.. Ouf.. J’y ai participé il y a très longtemps. A la télévision j’ai regardé le football, c’est pas le même rendu. La motivation n’est pas la même, je peux vous le dire. Rentrer avec sur la piste d'Aachen devant cinquante mille spectateurs et rentrer avec le tour vide, je pense que l’adrénaline n’est pas pareille. Le sport n’est pas le même.

- D’après vous, une fois que la vie reprend son cours habituel et les cavaliers seront de retour en pistes, après un mois de concours, les classements Top-10 ou top-100 subiront-ils de grandes conséquences?

- Non, je ne pense pas.Aujourd’hui il y a une hiérarchie naturelle qui fait que les bons cavaliers seront toujours aussi bons et les bons chevaux seront toujours aussi bons. C’est une aventure inédite pour nous, je parle à priori, mais c’est une chose qu’on n’a jamais vécue. Je suis issu d’une famille de cavaliers qui participent aux Jeux Olympiques depuis 1968. Ce qui arrive aujourd’hui, je n’ai jamais vu ça! Décaler des JO je n’ai jamais entendu, c’est complètement inédit.

/photographe: @kzk_dmitry_photography

- Pendant les compétitions habituelles auxquelles vous participez les deux avec votre frère Philippe, est-ce qu’il y a une concurrence particulière entre vous deux ?

- Non! Ce n’est pas une concurrence particulière. C’est une concurrence légitime normale de compétiteurs. Moi, j’ai des chevaux, j’ai des propriétaires, j’ai des partenaires qui me font confiance, parce qu’il faut que je gagne des épreuves. Je n’ai pas le droit de faire abstraction seulement parce que c'est mon frère je vais freiner ou je vais accélérer, Non! Mon frère, quand il est dans la même épreuve que moi, c’est un adversaire comme un autre. C’est la même chose pour lui, j’espère. L’année dernière, on a fait un CSI5* de Lausanne, dans cette grosse épreuve nous étions premier et deuxième. Lui, il avait gagné et moi j’étais deuxième. Quand je suis entré sur la piste et il était en tête du barrage, l’adversaire qu’il faillait que je batte sur le moment, c’était lui. On a la chance de faire le même métier, au plus haut niveau avec les mêmes ambitions.

- Vous vous entraînez dans la même écurie que votre frère, est ce que ce confinement a eu des influences sur vos relations ? Êtes vous devenus plus proches ou à l’inverse ?

- Non, parce qu’on déja est assez séparés naturellement, on travaille chacun de son côté. On a les mêmes ambitions de devenir le meilleur dans la profession mais on a chacun son caractère. Moi, j’ai un caractère complètement diffèrent de mon frère, donc j’ai une façon de travailler qui n’est pas la pareille que la sienne. On a la chance d’avoir ce Haras qui est quand même grand et donc de ne pas se gêner et faire chacun son job le mieux possible. Ca marche très bien depuis pas mal d’années. Non, le confinement n’a pas changé grand-chose.

/photographe @sofya_k._photography

- Est ce que le confinement influence beaucoup votre vie? Comment vous sentez vous pendant cette période et qu'est ce que vous pourrez conseiller aux gens qui restent isolés chez eux?

-Oui, c’est vrai que c’est un peu diffèrent pour moi. J’ai la chance de faire une profession un peu atypique: d’être avec les chevaux, avec la nature. J’ai pas mal de personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux et quand on en parle, du confinement, j’explique que je fais partie des chanceux, mais c’est mon job. On m’avait déjà demandé si ça me gênait de travailler quand les autres étaient chez eux, mais le mot juste: c’est mon travail. Malheureusement et heureusement pour moi, c’est mon travail. Je ne provoque personne, je fais mon boulot. Et j’ai beaucoup beaucoup de réponses sur les réseaux sociaux qui, au contraire me disent que «Ca nous fait plaisir de vous voir, ça nous change un peu les idées.» puis «Le fait de vous voir travailler ça nous donne aussi de petits conseils.» Donc, pour le moment c'est positif.

Moi, je suis habitué à vivre dehors et si demain il faillait m’enfermer dans un appartement ça serait très très très dur pour moi. A mon échelle le fait de ne plus faire de compétitions c’est déjà dur, donc quand j’imagine les gens qui ne peuvent plus travailler, qui sont enfermés dans un petit appartement avec des contraintes énormes, je leur compatis énormément. Malheureusement, mon soutien est peu signifiant, parce que qu’est-ce que je suis pas grand-chose sur cette terre. J’essaie de ne pas provoquer, de donner le sourire aux gens, et ça marche. Je réfléchis beaucoup sur le contenu que les gens ont droit de recevoir de ma part et j’essaie d’éviter les choses provocantes dans cette situation et de ne pas être injuste.

On passe un moment affreux où je pense le plus dur est encore à venir, et que c’est l’après-virus qui va être difficile aussi. Le monde s’est arrêté et donc il y aura, automatiquement, des contraintes. J’espère qu’on sera touché le moins possible mais je crains vraiment l’après. Nous en France, on arrive seulement à la fin de la deuxième semaine de confinement c’est encore neuf ça, alors que c’est déjà très long. Mais, quand on dit qu’il y aura encore six semaines, j’espère que ça sera assez, ça. On n’est malheureusement pas encore au bout du tunnel là…

/photographe: @kzk_dmitry_photography

- En ce qui concerne les cavaliers en confinement, que conseillerez-vous qu’ils fassent pour retourner en selle en meilleure forme ?

- Je dis que c’est un peu comme du vélo, il ne faut pas trop se préoccuper. Pour les cavaliers amateurs oui même semi-professionnels ou même certains professionnels, ça reviendra très vite. C’est la compétition qui nous remettra dans le bain. Aujourd’hui, restons calmes, attendons que ça passe et puis on partira tous en compétition et on sera tous là pour s’entraider entre nous et redonner le moral à tout le monde. Il ne faut pas se prendre la tête avec ça, on saura toujours monter dans un mois. On sera encore plus guerrier, plus vaillant au retour et on aura plus de motivation, les chevaux plus frais, ce sera que du positif. Donc, restez calme, attendez que le gros nuage passe et le soleil arrive! Un peu de sport à la maison, et surtout restez à la maison, c’est le principal!


Nous remercions infiniment Thierry Rozier et nous souhaitons à tous une santé résistante et comme l’a dit le champion français: Restez à la maison!



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